Une méthode d'approvisionnement se définit par deux choix : la date de commande est-elle fixe ou variable, et la quantité commandée est-elle fixe ou variable. Les quatre combinaisons possibles donnent les quatre méthodes classiques. Tout le reste, du juste à temps au stock géré par le fournisseur, en est une variante ou un transfert de responsabilité.
Date fixe et quantité fixe donnent le réapprovisionnement calendaire, qui commande la même quantité à intervalle régulier. Simple à gérer, il ne convient qu'à une consommation régulière et de faible valeur, car toute variation de la demande se traduit par un surstock ou une rupture. Date fixe et quantité variable donnent le recomplètement périodique, qui ramène le stock à un niveau cible à chaque échéance : adapté aux produits chers et à consommation irrégulière, il facilite le groupage des commandes chez un même fournisseur.
Date variable et quantité fixe donnent le point de commande, qui déclenche une quantité fixe dès que le stock passe sous un seuil. Cette quantité est souvent la quantité économique de commande, ou formule de Wilson, qui minimise la somme du coût de passation et du coût de possession ; c'est la méthode la plus répandue pour les articles à consommation régulière et à valeur moyenne. Date variable et quantité variable, enfin, donnent l'approvisionnement à la commande, qui ne déclenche qu'à l'apparition du besoin et pour la quantité exacte : il s'impose dès que l'article est cher, encombrant ou spécifique, là où le stock n'a pas de sens.
Toutes les références ne méritent pas la même méthode. Le classement ABC, issu de la loi de Pareto, trie les articles par valeur de consommation annuelle. La classe A représente environ 20 % des références et 80 % de la valeur : elle justifie un suivi individuel et un stock de sécurité calculé. La classe C réunit à l'inverse beaucoup de références pour peu de valeur, et le recomplètement calendaire ou le contrat de mise à disposition y suffisent. Appliquer la même finesse de gestion à toutes les classes revient à dépenser du temps d'approvisionneur là où il ne rapporte rien.
Le juste à temps fait livrer la quantité nécessaire au moment où elle est consommée. Il supprime le stock mais suppose des fournisseurs proches, fiables et capables de livrer en petites quantités fréquentes ; sa fragilité est connue, un incident amont se propageant immédiatement à la production. Le kanban matérialise le besoin par une étiquette ou un contenant vide qui remonte au poste amont, le nombre de kanbans en circulation fixant le stock maximal : la méthode ne calcule rien, elle réagit à la consommation réelle, ce qui la rend robuste sur des séries régulières et inadaptée aux séries erratiques.
Le demand driven MRP tient une position intermédiaire. Il place des points de découplage à des endroits choisis de la chaîne, y constitue des tampons dimensionnés, et laisse le reste en flux tiré. Il cherche ainsi à conserver la visibilité du calcul des besoins tout en absorbant la variabilité là où elle fait le plus de dégâts.
Dans le stock géré par le fournisseur, le client transmet ses consommations et son niveau de stock, et le fournisseur décide lui-même des réapprovisionnements dans une fourchette contractuelle : le client réduit sa charge administrative, le fournisseur gagne en visibilité pour sa propre planification. La consignation va plus loin, la marchandise étant physiquement chez le client mais restant propriété du fournisseur jusqu'à sa consommation ; c'est un transfert de coût de possession, pas un transfert de risque d'obsolescence, qui dépend entièrement des clauses de reprise. La livraison directe, enfin, supprime le stock du distributeur mais lui fait perdre la maîtrise du délai et de la qualité de service.
Concentrer les volumes sur un fournisseur unique donne un meilleur prix, une relation plus étroite et des coûts de gestion réduits. Répartir sur plusieurs sources coûte plus cher mais maintient la concurrence et couvre le risque de défaillance. Le choix se fait famille par famille, selon la criticité de l'article et la facilité à changer de fournisseur : une pièce spécifique outillée chez un seul fabricant n'est pas une mono-source choisie, c'est une dépendance subie.